19/02/2006

L'enfer n'est pas une notion biblique

Lady Di : en enfer ?

 

Deux prêtres de l’Eglise anglicane se sont offusqués, environ un an après la mort de Lady Di, du « culte » dont était l’objet la princesse de Galles depuis son décès le 21 août 1997. Ils déclarèrent : « Il faut que ça cesse. De toute façon étant donné sa vie débridée elle est en enfer »

Le journaliste qui annonçait cette nouvelle ajouta : « Ces prêtres n’ont pas été désavoués par leur hiérarchie ». Cette déclaration des prêtres anglicans m’a profondément choqué. Ceci ne veut pas dire que je veuille couvrir certains débordements dans la vie de la princesse Diana. Mais j’ai été choqué au moins pour deux raisons : 1° le fait que ces hommes se mettent à la place de Dieu pour décider du sort final de quelqu’un. Comme si c’était leur mission. 2° c’est, bien sûr, l’enfer lui-même.

Il est vrai que c’est un point qui met mal à l’aise plus d’un lorsqu’il est abordé. Certains évitent le sujet, d’autres en plaisantent d’une façon malhabile. Peu hésite à reprendre le problème à la base de peur que leur vision de l’Ecriture soit bouleversée.

Lors d’une conversation avec un de mes amis, père jésuite ; celui-ci me dit : « L’enfer existe. Mais qui dit qu’il y a quelqu’un dedans ? »

Je fus quelque peu surpris croyant à une interprétation personnelle de mon interlocuteur. Mais mes lectures m’ont amené à voir que des théologiens catholiques, et non des moindres, professaient de semblables idées.

Les philosophes se sont emparés de la conception d’enfer pour dire à la manière de Jean-Paul Sartre : « L’enfer c’est les autres »

Sœur Emmanuelle lui répond en quelque sorte lorsqu’elle dit : « Non, l’enfer, ce n’est pas les autres. L’enfer, c’est l’homme qui s’enferme sur lui-même ».

Entre la négation de l’enfer et les descriptions moyenâgeuses, dont le plus beau fleuron est l’œuvre du poète Dante. J’ai bien dit : poète ; car certains se sont servi de la Divine Comédie comme d’un manuel de théologie.

Mais d’où viennent toutes ces élucubrations sur l’enfer ? De la Bible ?

Certains l’affirment

Mais personnellement, je le conteste. C’est une vision déformée de l’Ecriture, une lecture ayant pour clés la philosophie grecque et les mythologies latines et grecques qui amènent à confondre ce qui est biblique et ce qui ne l’est pas.

Tout d’abord, il faut savoir que jamais dans la tradition juive il n’est jamais question d’un enfer « éternel ». Les sages du judaïsme pensent que le séjour des maudits en enfer ne dure pas plus d’une année. Alors comment une religion qui a ses sources premières dans la Bible pourrait-elle passer outre de cette « vérité » que d’aucuns voudraient « fondamentale ».

« L’âme qui pèche est celle qui mourra » nous dit à deux reprises le prophète Ezéchiel dans son chapitre 18 (versets 4 et 20)

(Tiens l’âme qui meurt…voilà encore une notion qui va à l’encontre de cette tradition d’ « âme immortelle » dont on ne trouve aucune trace dans la Bible ; mais passons, c’est un autre sujet). L’Epître aux Romains (6 : 23) nous dit que le salaire du péché, c’est la mort (tiens : pas l’enfer !)

La non-existence d’un enfer éternel ne veut pas dire que nous n’aurons pas de comptes à rendre à Dieu : « Il rendra à chacun selon ses œuvres »(Matthieu 16 : 27) tout d’abord sur la terre tel que nous l’indique le livre des Proverbes (11 : 31) et ensuite au jour du jugement (II Pierre 2 : 9). Certains nous serviront le texte du prophète Esaïe 33 : 14 que je cite et commente : « Les pécheurs sont effrayés dans Sion, un tremblement saisit les impies : Qui de nous pourra rester auprès des flammes éternelles ? Le feu dévorant, l’épître aux Hébreux lève le voile en nous disant que ce feu c’est Dieu lui-même (12 : 29) et en ce qui concerne les flammes éternelles : c’est aux élus qu’il s’adresse et non aux « réprouvés ». Le Nouveau Testament admet l’idée d’un châtiment éternel (Matthieu 25 : 46) bien que proportionné aux fautes commises (Luc 12 : 47,48). Mais châtiment n’est pas peine. Nous y reviendrons. Les Psaumes parlent de la destruction du méchant (Psaumes 9 : 6) du retranchement et de l’anéantissement (Psaumes 37 : 9, 22, 34, 38). Le prophète Ezéchiel que je citais précédemment parle de réduire en cendre le roi de Tyr que plus d’un commentateur dit être la figure du diable (28 : 18, 19) et l’épître aux Hébreux confirment l’anéantissement final du diable (2 : 14).

Paul, dans la deuxième épître aux Thessaloniciens, déclare : « ceux qui n’obéissent pas à l’évangile…auront pour châtiment une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force » (1 : 9)

Le livre de l’Apocalypse nous parle d’un étang de feu, qui est la seconde mort. La mort et le séjour des morts (en grec hadès ; en latin : infernus ; (NB : ces deux mots ont servi à transmettre le mot hébreu Shéol : séjour des morts et non enfer comme on a transcrit en passant par le latin)

Mais Matthieu ne parle-t-il pas d’un « feu éternel » ? (25 : 41). Ce sont les conséquences du feu qui sont éternelles. Que personne ne vienne me dire que j’interprète ou alors il faut également interpeler Jude, frère du Seigneur, lorsqu’il nous cite l’exemple de « Sodome et Gomorrhe et les villes voisines, qui se livrèrent comme eux à l’impudicité et à des vices contre nature, sont données comme exemple, subissant la peine d’un feu éternel ». Je ne voudrais pas railler, mais je m’adresse à ceux qui sont déjà allés en Israël, au bord de la mer morte… Vous n’y avez pas vu de feu… Et cependant les conséquences sont encore bien réelles.

La Bible nous donne le choix entre la vie et la mort et non entre l’enfer et le paradis.

Sortons du cadre des déclarations intempestives, comme celle des deux prêtres anglicans. Ces deux messieurs se sont montrés peu charitables et si, selon le journaliste, « leur hiérarchie ne les a pas désapprouvés ». Mais de plus, ils n’avaient pas besoin de les désapprouver, ces deux prêtres n’avaient surement pas lu le rapport de la Commission doctrinale de l’Eglise d’Angleterre de janvier 1966 qui affirme que l’enfer n’est pas le tourment éternel, mais bien le choix éternel et irrévocable de ce qui est opposé à Dieu et qui ne peut être que la totale non-existence.

Une étude sérieuse des Ecritures nous éviterait des jugements à l’emporte-pièce et nous réapprendrait l’humilité qui voudrait que nous nous jugions nous-mêmes avant de juger les autres

 

                                                      Jean-Marie Geron

14:19 Écrit par JMG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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