14/03/2006

La fréquentation du culte

Il y a cinquante ans, l’Eglise catholique romaine faisait une obligation absolue à tous ses fidèles d’assister à la messe dominicale, sous peine de péché mortel. Je connais beaucoup de personnes qui assistant une fois par mois à la messe se considèrent comme catholiques pratiquants. Les temps ont changé diront certains.

Du côté protestant, lorsqu’on interrogeaient les personnes sur cette notion d’obligation, vous receviez une réponse claire et nette : « Nous ne sommes pas obligés d’assister au culte…mais nous avons un rendez-vous avec Dieu et nous tenons à y être. »

Aujourd’hui les églises sont vides – nous dit-on. Et nous pouvons le constater. Mais j’ai plutôt envie de dire : les auditoires sont fluctuants. On compte sur le bout des doigts ceux qui sont vraiment réguliers. On vient au culte comme les cuisiners des « Trois messes basses » d’Alphonse Daudet qui venaient, entre la préparation de deux plats, humer un petit air de messe. Et nos braves paroissiens viennent aussi de temps en temps humer un petit air de culte.

Nos braves sociologues constatent, tout comme nous, sans pouvoir donner une explication quelconque à cette défection.

Peut-être la question est-elle mal posée ; au lieu de dire : pourquoi les gens ne viennent-ils plus régulièrement au culte ? peut-être devrait-on poser la question autrement : Le culte pour vous c’est quoi ?

Bin…euh…

Ne me dites pas que c’est l’endroit où l’homme vient trouver un moment d’intimité avec Dieu. Il y a d’autres endroits où cette intimité peut se développer.

Revenons aux sources de l’Ecriture

Dans le livre du Lévitique  au chapitre 23 et au verset 3, dans le contexte du repos sabbatique, il est dit qu’il y aura une « sainte convocation ». L’Eglise du Nouveau Testament poursuit le phénomène en se réunissant régulièrement pour s’édifier les uns les autres, pour persévérer dans la prière…et selon Actes 2 : 46 les réunions étaient devenues journalières. Il y avait ce qu’on peut appeler une vie d’Eglise. Le culte est un moment de méditation…à notre époque on n’aime plus méditer. Le culte est un moment de prière…à notre époque on ne trouve plus ce qu’il faut dire à Dieu ; comme dans les vieux couples on ne trouve plus rien à lui dire. Le culte est un moment d’étude : nous sommes censés apprendre de Dieu quelque chose…à notre époque tout le monde croit savoir tout sur tout. A l’époque des voyages dans l’espace, l’homme ne sait plus redescendre sur terre en ayant les yeux vers le ciel, non celui des cosmonautes, mais celui tellement plus vaste du Dieu créateur.

Le culte n’est pas le moment où le pasteur nous sert un aliment précuit. Le culte n’est pas le fast-food où l’on reçoit rapidement sa petite ration pour la semaine avec de temps en temps le petit dessert de la sainte Cène.

Au 19ème siècle, les pasteurs faisaient de très longues prédications dont ils soignaient particulièrement le vocabulaire et le style. Lisez par curiosité une prédication d’un certain Eugène Bersier (c’est un exemple parmi tant d’autres) et évaluez le temps qu’il vous a fallu pour la lire et puis réajustez si je puis dire en tenant compte du fait du débit de l’orateur, de l’acoustique sur laquelle il fallait compter plus qu’aujourd’hui avec nos micros et nos haut-parleurs de haut standing.

Ne croyez pas que les prédicateurs catholiques étaient plus courts. Je prendrai ici pour exemple le curé d’Ars, il faisait chaque jour de très longues prédications.

Aujourd’hui, le prêtre catholique limite ses sermons à 10 minutes (tout au moins c’est le conseil qui lui est donné). Les pasteurs en sont encore à leurs vingt minutes de prédication.

Nous aurons beau limiter les cultes quant à leur horaire, déployer des prouesses oratoires dans un style que Boileau n’aurait pas réprouvé (Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément), si les uns et les autres nous ne rédecouvrons pas à titre personnel les bienfaits du culte, nous nous détacherons peu et peu et les plus valeureux continueront à se lamenter en voyant leur nombre diminuer comme une peau de chagrin.

En dépit, des analyses alarmistes de sociologues, psychologues en tout genre, je crois que nos cultes seront à nouveau fréquentés comme par le passé.

Je ne crois pas qu’il faille nécessairement faire des coups d’éclat, comme ce pasteur anglican qui avait fait venir une streaptiseuse pour « rehausser » l’assistance au culte.

Mais la fréquentation augmentera dès que chacun d’entre nous pourrons dire comme nos devanciers d’il y a 50 ans.

Aujourd’hui, c’est jour de culte, j’ai rendez-vous avec Dieu…et je ne voudrais pas le rater

 

Jean-Marie Geron

11:26 Écrit par JMG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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