24/10/2006

Benoît XVI et l'islam

La leçon du Pape est ratée

Le Pape voulait montrer qu' « agir de manière déraisonnable est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l'âme», comme le sont notamment l'usage de la violence pour diffuser la foi et pour ainsi forcer la conversion.

Oui, en effet, le Pape a raison : la foi est un acte de liberté que nul ne pourrait et ne saurait contraindre. Plus encore, c'est bien par la foi que nous nous affirmons comme des être libres, cette foi étant toujours une foi malgré tout, en dépit des absences de preuves la rendant obligée. Pour convaincre, point n'est besoin, en effet, d'armes, de menaces et de bras.

Mais en matière d'usage de violence pour la bonne cause, le christianisme est bien loin d'être en reste… Pourquoi donc Benoît XVI s'est-il référé aux vieux propos d'un Empereur byzantin du 14ème siècle, sinon pour perpétuer une image négative de l'Islam qui en fait une religion de l'obscurantisme et du fanatisme ?

On peut dès lors se demander si la violence verbale dont fait preuve le Pape ne vient pas contredire ses propres appels aux relations désarmées devant autrui. C'était oublier que Benoît XVI est bel et bien toujours Ratzinger, c'est-à-dire un théologien savant, fin connaisseur des grands sujets doctrinaux de l'Eglise catholique romaine, provocateur et polémiste, et surtout, grand pourfendeur de son ennemi de toujours : le pluralisme. C'est de trop apprécier et d'encourager ce pluralisme (dont Evangile et liberté est un défenseur, justement !) qui explique, selon lui, l'affaiblissement de la foi chrétienne et tout ce terrain laissé à l'Islam qui, lui, ose condamner, dénoncer, récuser. L'équation est simple et bien connue.

On pourra toujours regretter la logique victimaire du bouc-émissaire à travers l'immédiate et facile instrumentalisation par les pays musulmans de tout ce qui tendrait à montrer la méchanceté de l'Occident à l'égard de l'Islam. Certains vont même se réjouir qu'un Pape ose dire ce que peut-être beaucoup pensent tout bas : l'Islam a certes ses lumières*, son usage éclairé de la raison critique, mais où brillent-elles aujourd'hui sur la scène du monde ?

Il n'en demeure pas moins que de tous les côtés la polémique laisse un goût amer. La réflexion du Pape sur la violence et la foi est juste et pertinente, mais elle vaut pour tout le monde. Car c'est bien le religieux lui-même qui doit continuellement être régulé, mis en critique, repensé, pour éviter qu'il sombre dans le dogmatisme et l'intransigeance. La leçon est juste, mais la référence au vieil empereur est de trop et lui fait rater ce qui aurait été sa plus belle cible : la religion dans sa folle prétention à régenter le monde entier.

16 septembre 2006

Raphaël Picon
(Professeur de théologie pratique à l'Institut Protestant de Théologie à Paris,
Rédacteur en chef d'Évangile & liberté)

19:32 Écrit par JMG | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Content d'avoir de vos nouvelles et surtout de savoir que vous allez mieux. Jolimont ne fait pas partie du distrct HENL, c'est dommage vu la rencontre ce dimanche à Chimay. Que Dieu vous bénisse dans votre ministère pastoral et....dans ce blog.

Écrit par : Jean-Marc | 24/10/2006

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