07/12/2007

Résumé de la conférence sur Luther

Luther : Moine Rebelle ou prophète ?

Résumé de la conférence donnée au Temple de Jolimont sur le sujet

D’abord ce que disaient certains de ses détracteurs…

Bossuet :

Luther mettait en thèses toutes ses fureurs.

Le Cardinal Journet :

Un moine bouleversé par les violents remous de la concupiscence.

(Ext. L’Esprit du Protestantisme en Suisse Paris 1925)

 

Le R.P. Geron, rédemptoriste (je vous assure ce n’est pas moi) écrivait en 1905 dans un ouvrage intitulé « L’Arche du Salut » :

Le chef de la Réforme ne fit aucun prodige. Quant à sa conduite, elle fut loin d’être sainte, elle ne fut pas même chrétienne ou honnête ; que dis-je, il serait difficile de dire que vice ce prétendu réformateur n’avait pas. Il était orgueilleux… il était impudique… il était gourmand et buveur…il était menteur…de plus ses ouvrages fourmillent de véritables polissonneries qu’un homme quelque peu honnête ne peut lire sans rougir.

 

A son époque certains le qualifiait de prophète. On passe donc d’un extrême à l’autre que l’on soit admirateur ou détracteur.

 

Luther naquit le 10 novembre 1483 d’un père exploitant une mine de cuivre et d’une mère, femme au foyer. Le père voulait en faire un juriste. Il devint Bachelier en 1502 ; Maître ès arts en 1505.

Mais l’année 1505 fut pour lui une année charnière. Suite à la peur provoquée par un orage, il se mit à penser au salut de son âme et à en faire une obsession au point d’entrer la même année au couvent des Augustins. Et selon ses propres dires :

 

Vraiment, j’ai été un moine pieux, et j’ai suivi les règles de mon ordre plus sévèrement que je ne saurais l’exprimer. Si jamais moine eût pu entrer dans le ciel par sa moinerie, certes j’y serais entré…Si cela eût duré longtemps encore, je me serais martyrisé jusqu’à la mort.

 

Il est ordonné prêtre en 1507. En 1508, le supérieur des Augustins, Staupitz, l’envoie à Wittenberg pour d’abord étudier à l’université, dont il deviendra bientôt un professeur remarquable. Mais il met Luther en garde contre les traitements qu’il s’inflige :

Au lieu de te martyriser pour tes fautes, jette-toi dans les bras du Rédempteur. Confie-toi en lui, en la justice de sa vie et en sa mort expiatoire… Il est devenu homme pour te donner l’assurance de la faveur divine…Aime celui qui t’a aimé le premier.

 

A la suite d’un voyage à Rome, ayant vu la conduite des prélats dans cette ville, il passe par le doute ; et l’affaire des indulgences promulguées par Rome pour financer la construction de Saint-Pierre va mettre le feu au poudre. Trop c’est trop. Le moine Tetzel parcourt l’Allemagne pour vendre ses indulgences qui devaient, d’après les dires des théologiens catholiques, délivrer les âmes du purgatoire ou éviter le purgatoires à ceux qui étaient bénéficiaires de ces indulgences.

Tetzel ira même jusqu’à dire :

Venez, je vous donnerai des lettres dûment scellées par lesquelles les péchés mêmes que vous aurez l’intention de commettre vous seront pardonnés… Il y a plus…les indulgences ne sauvent pas seulement les vivants, elles sauvent aussi les morts…A peine l’argent a-t-il sonné dans ma caisse, que l’âme s’élance hors du purgatoire et prend son vol vers le ciel.

Tout cela va remuer profondément Martin Luther et il écrira plus tard :

Je sentais que malgré une vie de moine irréprochable j’étais devant Dieu un pécheur dont la conscience était des plus tourmentées, et que je ne pouvais m’appuyer sur mes actes de réparation pour l’apaiser. C’est pourquoi je n’aimais pas ce Dieu juste qui punissait le péché, je le haïssais. Je me révoltais, je murmurais intérieurement contre ce Dieu : n’était-il pas suffisant que les pauvres pécheurs, ceux qui, par le péché originel, sont condamnés éternellement, soient oppressés par la loi des Dix commandements et les maux de toutes sortes qu’elle entraîne ?... Dans ma détresse, je continuai à tambouriner sur ce texte de Paul, avec le désir avide de savoir ce que saint Paul voulait dire… Jusqu’au moment où, Dieu m’ayant pris en pitié, je prêtai attention au contexte de ce passage : « La justice de Dieu est dévoilée en Lui, comme il est écrit : Le juste vivra par la foi. »…Alors je me sentis comme nouvellement né et comme si j’étais entré par des portes ouvertes au plus haut du ciel ; le visage de toute l’Ecriture me parut neuf.

 

Il voit le contraste entre ce qu’il vient de comprendre et le mercantilisme de Tetzel.

Le 31 octobre 1517, il affiche 95 thèses sur la porte de la chapelle de Wittemberg. Thèses qui devaient faire l’objet de discussions publiques, comme cela était très courant à l’époque dans le cadre universitaire. Luther ne prévoyait certainement pas le retentissement que ce geste assez commun allait avoir.

15 juin 1520, le pape Léon X fait publier la bulle « Exurge Domine » qui excommunie Luther. (Ce pape qui n’a laissé son nom dans l’histoire que comme celui qui avait excommunié Luther, était loin d’être un enfant de chœur. Il avait fait assassiner peu de temps auparavant son amant Alfonso Petrucci, parce que celui-ci avait voulu le faire empoisonner par son médecin. Le complot ayant été découvert, le médecin fut exécuté et quelques temps plus tard, Petrucci , qui avait pris la fuite, fut rattrapé, assassiné sur ordre de Léon X, ce dernier se consola dans les bras du chanteur Solimando.)

Dans la bulle le pape traite Luther de : « sanglier de la forêt qui a l’audace de labourer les vignes du Seigneur ».

 

Au moment où il reçoit la bulle, Luther déclare :

Je la méprise et l’attaque comme impie et mensongère…C’est Jésus-Christ lui-même qui y est condamné. Je me réjouis d’avoir à supporter quelques maux pour la meilleure des causes. Je sens déjà plus de liberté dans mon cœur ; car je sais enfin que le pape est l’antéchrist, et que son siège est celui de satan.

 

Le 10 décembre 1520 Luther brûle la bulle en public

 

Luther va alors avoir une attitude vis-à-vis du pape qui consommera la Réforme :

C’est une chose horrible que de voir celui qui s’appelle le vicaire de Jésus-Christ déployer une magnificence que celle  d’aucun empereur n’égale. Est-ce là ressembler au pauvre Fils de Dieu ou à l’humble saint Pierre ? Il est, disent-ils, le Seigneur du monde ! Mais Jésus, dont il se vante d’être le vicaire, a dit : Mon règne n’est pas de ce monde. Le règne d’un vicaire s’étendrait-il au-delà de celui de son Seigneur ?

 

Le message de Luther va parcourir, non seulement toute l’Allemagne, mais aussi toute l’Europe.

Charles Quint, élu jeune empereur d’Allemagne va convoquer la diète à Worms du 28 janvier au 25 mais 1521. Et Luther sera convoqué à cette réunion pour venir s’expliquer devant les dignitaires de l’Empire et de l’Eglise.

Parmi les partisans de Luther les avis sont partagés. Certains, se souvenant de l’histoire de Jean Hus, un siècle plus tôt, craignent pour sa vie.

Luther répondra :

Si je ne puis aller à Worms en santé, je m’y ferai transporter malade. Car si l’Empereur le désire, je ne puis douter que ce soit l’appel de Dieu lui-même. S’ils veulent employer contre moi la violence, comme cela est vraisemblable (car ce n’est pas pour s’instruire qu’ils me font comparaître), je remets la chose entre les mains du Seigneur. Celui qui protégea les trois jeunes gens dans la fournaise vit et règne encore. S’il ne veut pas me sauver, c’est peu de chose que ma vie ou ma mort qui contribuera le plus au salut de tous… Attendez de moi sauf la fuite et la rétractation. Fuir, je ne puis, me rétracter moins encore.

Et il ajoutera :

Ces papistes ne désirent pas ma comparution à Worms, mais ma condamnation et ma mort. N’importe ! priez, non pour moi ; mais pour la Parole de Dieu…Le Christ me donnera son Esprit pour vaincre les ministres de l’erreur. Je les méprise pendant ma vie, et j’en triompherai par ma mort. On s’agite à Worms pour me contraindre à me rétracter. Voici quelle sera ma rétractation : J’ai dit autrefois que le pape était le vicaire du Christ ; maintenant je dis qu’il est l’adversaire du Seigneur et l’apôtre du diable

et il conclut :

Quand même il y aurait autant de diables à Worms qu’il y a de tuiles sur les toits, j’y entrerai.

 

Pourtant si Luther connaissait ce que disait de lui Charles Quint  (aurait-il été à Worms ?) : Un seul moine égaré par sa propre folie, s’élève contre la foi de la chrétienté. Je sacrifierai mes royaumes, ma puissance, mes amis, mes trésors, mon corps, mon sang, mon esprit et ma vie pour arrêter cette impiété. Je vais renvoyer l’augustin Luther, en lui défendant de causer le moindre tumulte parmi le peuple ; puis je procéderai contre lui et ses adhérents, hérétiques impénitents, par l’excommunication, par l’interdit, et par touts les moyens propres à les détruire. Je demande aux membres de tous les Etats de se conduire comme de fidèles chrétiens.

 

La diète de Worms s’achève. La conviction de Luther n’en est que plus forte. Il fera en quelque sorte devant la diète une déclaration de foi en disant :

Puisque votre sérénissime Majesté et vos hautes puissances exigent une réponse simple, claire et précise, je la leur donnerai, la voici : je ne puis soumettre ma foi ni au pape, ni au concile, parce qu’il est clair comme le jour qu’ils sont souvent tombés dans l’erreur et même dans de grandes contradictions avec eux-mêmes. Si donc je ne suis convaincu par le témoignage des Ecritures ou par des raisons évidentes ; si l’on ne me persuade par les passages mêmes que j’ai cités rendant ainsi ma conscience captive de la Parole de Dieu, je ne puis et ne veux me rétracter, car il n’est pas prudent pour le chrétien de parler contre sa conscience. Me voici, je ne puis autrement ; Dieu m’assite ! amen !

Sur le chemin du retour, Martin Luther sera enlevé par ses amis et caché pendant près d’un an, sous le nom de chevalier Georg dans la forteresse de la Wartburg.

Luther y traduira le nouveau Testament en  allemand devenant ainsi en quelque sorte le fondateur de la langue allemande.

Luther se révélera aussi musicien, compositeur de cantiques dont le plus célèbre, encore chanté de nos jours : Ein feste Burg ist unser Gott ; connu en français avec ces paroles : C’est un rempart que notre Dieu

Luther va écrire énormément. Ses œuvres complètes représentent environ 100 volumes.

Ses livres vont être saisis et brûlés. Luther réagira de la manière suivante :

Mes ennemis ont pu, en brûlant mes livres, nuire à la vérité dans l’esprit du commun peuple et perdre des âmes. En retour, je consume leurs livres. Je n’ai fait jusqu’ici, que badiner avec le pape, mais une lutte sérieuse vient de s’ouvrir. J’ai commencé cette œuvre au nom de Dieu ; elle se finira par sa puissance et sans moi.

Il reconnaît bien volontiers que tous ses livres ne sont pas d’égale valeur. Dans les uns il parle de la foi et des bonnes œuvres ; ses ennemis eux-mêmes les considèrent non seulement inoffensifs, mais utiles.

Une seconde catégorie est composée de livres condamnant la corruption et les abus de la papauté. Les rejeter ce serait fortifier la tyrannie de Rome, et ouvrir la porte à de grandes et nombreuses impiétés. La troisième catégorie attaque des individus qui soutiennent les abus existants. Pour ceux-ci, il confesse volontiers avoir été plus violent qu’il ne convenait. Mais, sans avoir la prétention d’être parfait, il ne peut pas non plus rétracter ces derniers ouvrages, parce que, ce faisant, il enhardirait les ennemis de la vérité, qui en prendraient occasion pour écraser le peuple de Dieu avec plus de cruauté encore.

Dès le début des événements, Luther affirmera : Dieu ne me conduit pas ; il me pousse, il m’enlève. Je ne suis pas maître de moi-même. Je voudrais vivre dans le repos ; mais je suis précipité au milieu du tumulte et des révolutions.

Fort de son expérience et sa foi en la Bible, il déclarera :

Pour ce qui touche à la Parole de Dieu et à la foi, tout chrétien est aussi bon juge que le pape, ce dernier fût-il même appuyé par un million de conciles.

 

En 1523 lui et ses amis, vont faire ouvrir les couvents et faire sortir les nonnes et les rendre à la vie civile. Luther va vouloir que ses collaborateurs se marient et ces religieuses fraîchement sorties de leur couvent vont constituer pour la plupart, les futurs épousent des pasteurs.

 

En 1525 année décisive : la Cène-Cène va être donnée pour la première fois sous les deux espèces.

Ce sera une année dramatique : celle de la révolte des paysans dont Luther encouragera la répression. C’est un des points négatifs de sa vie.

Luther va se marier avec une ancienne religieuse. Katharina von Bora, issue d’une famille noble ruinée qui la fera entrer au couvent à l’âge de 6 ans. Elle en était sortie deux ans plus tôt ; elle avait eu deux prétendants pour l’épouser ; mais l’un s’était récusé au dernier moment et l’autre : elle n’en voulait à aucun prix.

Luther, qui avait alors 42 ans, finit par se décider ; ayant été fidèle à ses vœux monastique, jusque là il n’avait pas connu de femme. Au départ, ce n’était pas ce qu’on peut appeler un mariage d’amour ; mais avec le temps, ce fut un ménage solide que vint égayer 6 enfants.

On a souvent reproché à Luther, qui bien qu’instruit avait une mauvaise éducation et se tenait très mal à table. Mais je crois, que le reproche le plus grave qu’on puisse lui faire, c’est l’antisémitisme de la fin de sa vie. Il tint parfois des propos dont se sont gargarisés les dirigeants nazis du XXème siècle. Au départ, les juifs pensaient voir en Luther un homme qui les avait enfin compris. Et Luther pensait que son message attirerait davantage les juifs. Déception de part et d’autre. L’Eglise Luthérienne Allemande fut la première à faire son mea culpa juste après la guerre.

En conclusion, je laisserai deux citations, réflexions

D’abord celle d’André Chamson (qui de famille protestante cévenole, fut membre de l’Académie française) :

Bien d’autres , avant lui, avaient cherché à retrouver l’esprit primitif de l’Evangile. Il semble même que, du premier jour où quelque chose d’humain, de trop humain, de petitement humain, a été rajouté aux Ecritures, des hommes de foi ont cherché à effacer la surcharge, l’interpolation, le rajout, pour retrouver le texte, tel qu’il était dans sa pureté première. Luther n’était donc déjà qu’un héritier, mais il a été le premier à réaliser l’héritage, le premier qui n’a pas dû renoncer et se soumettre, un des premiers à ne pas finir sa vie dans les supplices.

Et une autre citation d’un auteur de la deuxième moitié du 19ème siècle, qui mourut au début du 20ème

E.G. White :

La réforme n’a pas pris fin avec Luther, comme beaucoup le supposent. Elle doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’histoire de l’humanité. Luther avait une grande tâche : celle de communiquer au monde la lumière que Dieu avait fait briller sur son sentier ; et pourtant, il ne la possédait pas toute entière. De son temps à nos jours, des lumières nouvelles n’ont cessé de jaillir des pages des saintes Ecritures

 

 

 

 

13:45 Écrit par JMG | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |